jeudi 4 mai 2017

Point de vue sur l'état actuel des choses

Alors voilà, on y est, l'hystérie collective est à son paroxysme, les invectives et culpabilisations plus ou moins subtiles fusent de toutes parts sur un choix censé être libre et avant tout secret, effectué par chacun-e en son âme et conscience. On se fiche bien de ces considérations pourtant élémentaires dans un monde où le sensationnalisme est roi, où la culture du « buzz » est ancrée dans les mœurs. On ne se préoccupe plus de comprendre – ou simplement d'essayer – le fond d'un problème généralisé, qui ne se limite pas à nos petites personnes ni à celles que l'on estime « providentielles », celles que l'on érige en élites des nations pour guider nos pas, infantilisés, titubant vers des horizons toujours plus sombres et dangereusement mortifères pour l'intégrité humaine, planétaire.

Loin de moi l'idée de vouloir donner des leçons, chaque personne devrait aujourd'hui être capable de raisonner, de se questionner sans influences externes, de contribuer à son niveau à l'intelligence collective (en opposition à l'hystérie donc). Les gens qui s'estiment conscients devraient naturellement avoir les capacités de réaliser qu'ils se font balader depuis des décennies, par les instances politiques s'échangeant un pouvoir qui devrait être nôtre, ou par des médias gonflés aux stéroïdes abrutissants fournis par une infime partie de la population, celle qui accapare les richesses de ce monde en se gaussant, se délectant, sans prendre la peine de se cacher désormais, de nos vaines et tristes querelles.

Et si les gens conscients arrêtaient d'entretenir précisément ce qui les soumet ? S'ils arrêtaient une bonne fois pour toutes d'engraisser malgré eux cette machine exponentiellement écrasante, avilissante ? Car c'est bien là que s'illustrent nos luttes perpétuelles, qu'elles soient physiques ou intellectuelles, violentes ou non. L'idée conductrice étant de refuser la division d'une chose que chaque être humain a pourtant en commun, l'idée que nous devons conserver à tout prix notre empathie, notre amour de nos semblables, y compris ceux qui ne réalisent pas encore qu'ils sont aussi doués de cette caractéristique, et de la rendre incontournable, essentielle, pour ne pas sombrer définitivement dans un chaos irréversible. Dans cette optique le fatalisme et le cynisme, induites et souhaitées par nos élites, ne sont pas une option, l'humanité a trop d'intelligence inexploitée pour céder avec dédain à cette facilité.

Il est temps. Il est temps de profiter de cette occasion qui nous est offerte par une fin de règne dont l'odeur et le goût nous encombrent plus que jamais. Il est temps de ne plus se complaire dans la peur et de remettre en fonction nos capacités cérébrales plus ou moins inexplorées. Il est temps de renverser un monde qui refuse l'éveil des consciences. Il est temps de déconstruire la fabrique du consentement et de s'approprier nos vies, de s'harmoniser enfin avec une Nature qui subit autant que nous les affres d'un monde d'argent globalisé, créateur de misère physique et intellectuelle, de souffrance et de mort.

La manœuvre s'inscrira dans le temps long mais n'est pas si périlleuse, il suffirait pour commencer d'harmoniser nos consciences et nos actes, de montrer avec clarté notre détermination à nous unir autour d'un objectif commun, un objectif qui nous élèveraient toutes et tous individuellement au-delà de nos intérêts personnels, peu importe nos conditions matérielles ou politiques, vers une émancipation totale nous permettant de réaliser le pouvoir que nous avons en tant qu'êtres humains adultes, enfin.

« Ils ont des millions, nous sommes des millions ». Pour une révolution permanente, ouverte, et définitivement consciente. Le chemin est déjà tracé par notre histoire ancienne ou récente, à nous de l'emprunter, dans le bon sens cette fois.


Au sujet de la Fabrique du Consentement : https://www.youtube.com/watch?v=asuph7xJy1Q ou pour aller plus loin, lire le livre du même nom par Edward Herman, Edward Saïd et Noam Chomsky.

Et d'autres développements avec la plume délicieuse de Frédéric Lordon (oui, encore) et son dernier article : https://blog.mondediplo.net/2017-05-03-De-la-prise-d-otages

jeudi 20 avril 2017

Message d'intérêt général

Alors voilà, ce n'est pas un secret (en tout cas pour ceux qui me connaissent), je voterai pour Jean-Luc Mélenchon aux deux tours des élections présidentielles 2017, même si sa personne n'est pas présente au second. J'écris bien sa « personne » avec des guillemets car il ne s'agit pas de « personne » mais d'idées avant tout, d'un programme conçu de longue haleine par des milliers de contributeurs de la société civile. Ce qui constitue le socle de ce programme était déjà là en 2012, à savoir l'Assemblée Constituante et la 6ème République. Une matière intelligente, composée de multitudes de réflexions et de propositions autour d'une volonté profonde d'ouvrir le champ des possibles, pour l'intérêt général humain, pacifique et internationaliste.

Fut-un temps où, comme beaucoup d'entre vous, j'étais méfiant, j'observais, j'écoutais d'une oreille incertaine ce que la personne de JLM proposait, préférant ne pas voter, si ce n'est pour le NPA. Après tant de désillusions, de trahisons idéologiques, de pourrissement méthodique de l'un des seuls droits démocratiques qu'il nous reste, par des médias et instituts de sondages dominants acquis aux grandes fortunes, par des personnes plus intéressées par leur carrière ou leur image qu'un véritable désir de changer, voire de bouleverser le cours des choses, la confiance et l'espoir ont naturellement disparu... Seulement si l'on décide de gratter ne serait-ce qu'un peu cette couche de pus appliquée avec soin depuis tant d'années pour nous détourner de l'essentiel, si l'on décide de s'emparer de la politique au sens noble du terme, de s'emparer de ce qui nous appartient en premier lieu, on s'aperçoit que le chemin n'est pas si tortueux qu'on veut nous le faire croire. Oui, la route peut être longue mais le fond, les idées sont clarifiées, jusqu'à se montrer d'une évidence naturelle.

Le cynisme mortifère qui englobe le monde actuellement, écrasant toute forme d'empathie, n'est pas une fatalité, l'occasion est trop belle pour s'abandonner à la résignation, à la haine, à la misère sous toutes ses formes ou au chagrin. Après tant d'années, après tant de luttes plus ou moins vaines nous avons enfin l'opportunité d'ouvrir la démocratie et de la faire notre, de la remettre à sa place, de décider réellement de notre avenir commun. Le chemin sera forcément semé d'embûches, personne n'affirme que cela sera facile, mais ce qui peut aboutir sera salutaire pour toute l'humanité, et par extension pour notre écosystème. Car nous sommes tous concernés, que l'on se positionne à droite, à gauche, prolos, bourgeois, classe moyenne, etc, nous vivons tous dans le même monde, et une planète qui ne se préoccupe pas de nos considérations idéologiques. C'est bien l'intérêt général humain qui est en jeu, donc notre survie.

Je m'adresse ici en particulier aux abstentionnistes, à ceux qui envisagent le vote blanc (comptabilisé dans le programme que je soutiens), aux gauchistes résignés et anarchistes farouches qui réfutent - à raison - cette manière de désigner tel ou telle femme/homme providentiel, n'offrant aucune garantie pour le futur de chacun-e. Seulement il n'est pas question ici d'attendre ou de suivre béatement tel ou telle personne pour régler tous nos problèmes. Il s'agit concrètement de nous responsabiliser, de (re)prendre enfin le contrôle de nos vies, d'éveiller nos consciences, de réfléchir, de penser par nous-mêmes, de discuter et d'aller au bout de notre raisonnement.

C'est du sérieux. Si on ne se mobilise pas maintenant, si nous continuons ostensiblement à détourner le regard, je ne donne pas cher de notre survie à long terme. Je ne veux pas faire de prosélytisme, il n'y a pas de vérité absolue, je souhaite seulement une prise de conscience générale, une réflexion de chacun-e d'entre nous sur ce que l'on veut vraiment, pour le bien de tous. En attendant je vous invite à vous renseigner au maximum, autant que possible, pour ne rien laisser au hasard. Le combat continuera quoi qu'il advienne, même dans la douleur la plus forte.

Merci de m'avoir lu, et cœur sur vous.



Lien vers de la nourriture pour l'esprit, par Frédéric Lordon : http://blog.mondediplo.net/2017-04-19-Les-fenetres-de-l-histoire

jeudi 23 mars 2017

Une Marche pour la Paix

18 mars 2017


02:30 AM : Le réveil sonne une fois, il sonne deux fois, trois fois...

02:50 AM : Je m'extirpe enfin péniblement de mon lit, me prépare un café pendant une douche express, bois mon café en quatrième vitesse, saute dans mon manteau et cours rejoindre le camarade prêt à m'emmener au départ des cars Insoumis de Loire-Atlantique. Précision : j'ai pu profiter du voyage grâce au désistement d'un insoumis qui m'a gracieusement offert sa place, et que je remercie encore chaleureusement.

04:30 AM : Horaire de départ d'origine des cars, nous ne partirons finalement qu'aux alentours de 5 heures du matin. Un retard qui s'explique par les nombreux Insoumis qui attendent qu'on leur indique le car auquel ils sont affiliés, en fonction des différents groupes d'appui qui parsèment l'ensemble du département. Le notre sera le car n°104, de marque Pineau, "ouf, c'est pas un car Macron !" s'exclameront certains. L'ambiance est chaleureuse, tout le monde commence déjà à discuter sans nécessairement se connaître. Une vision plutôt réjouissante.

Une fois placés dans le car, chacun et chacune rattrape (ou tente de rattraper) sa courte nuit, ça me rappelle certains voyages scolaires, sauf qu'ici la moyenne d'âge est bien plus élevée. Autant dire qu'il y a un bagage de luttes et d'actions politiques assez conséquent, et la plupart des conversations que j'ai pu avoir durant cette journée auront été synonymes d'enrichissement intellectuel et humain.

Au réveil on nous distribue des paroles retravaillées à la sauce "Insoumise" de chansons populaires, de Georges Moustaki à Edith Piaf en passant par Zebda, certaines interprétations au micro laissent à désirer mais on s'en fout, tout le monde se marre, se vanne, la joie et l'euphorie prédominent.

10:30 AM : Arrivée tant bien que mal sur Paris, des policiers en moto nous escortent et nous font faire un bon détour pour atteindre la place de la Bastille, où nous attendent le reste des Insoumis-e-s, venant de toute la France, et les locaux, ceux qui ont trimé une partie de la nuit et de la matinée pour organiser l’événement et nous accueillir dans les meilleures conditions. Quelques-uns passent avec badges, autocollants, tracts à distribuer, vendent également des programmes de "L'Avenir en Commun" à 3€ pièce, le tout dans une ambiance bon enfant, propice aux discussions plus ou moins enflammées, une constante lors des 24 heures de cette journée pas comme les autres. Les bars de la place sont évidemment pris d'assaut par les Insoumis-e-s, histoire de se sustenter, de boire un coup tout en conversant entre nous, comme si nous nous connaissions depuis toujours. Face à nous, la sensation d'une démocratie libérée, pleine de partage, de convictions, et d'une réelle envie d'en découdre avec une Vème République définitivement obsolète.

02:00 PM : Horaire de départ prévu pour le défilé, mais la foule rassemblée à ce moment-là est tellement dense que le programme se verra décalé, Jean-Luc Mélenchon retardant son discours pour qu'un maximum de gens puissent en profiter. La Marche, lente mais déterminée, fut nécessairement agrémentée de musique variée (entre hip-hop, rock, punk-rock, chanson ainsi qu'un étrange orchestre de cuivres sur le parcours), de la présence de "L’Église de la très sainte consommation" et de "Résistance !" éructés à intervalles réguliers. Les gens se regardent et se parlent avec le sourire, heureux de voir une foule aussi concernée.

03:40 PM : Nous voilà bloqués juste à l'entrée d'une place de la République noire de monde, "environ 130 000 personnes" nous indique-t-on. Subjugués par l'ampleur de l'événement, c'est à cet instant que les soutiens de la France Insoumise et de son candidat commencent a s'exprimer, Gérard Miller notamment (auteur d'un excellent documentaire sur JLM) que l'on sentait très ému dans ses mots.
Malheureusement les rafales de vent et la densité de la foule nous empêchaient de distinguer toutes les paroles, y compris celles du candidat insoumis. Pas grave, "on écoutera tranquillement le replay sur Youtube". Les grandes lignes ont tout de même été plus ou moins entendues, ponctuées de "Résistance !" toujours plus forts, par moments supplées par des "Dégagez !" adressés à la caste dominante, tout aussi pertinents. A noter que j'ai été alpagué en plein discours par un UPRiste qui ne disait pas son nom, m'empêchant d'écouter le peu que j'entendais, accusant bien sûr la CIA de tous les maux... Risible. 
(discours de JLM dans son intégralité : https://www.youtube.com/watch?v=b5atq_VZd2M)

06:00 PM : Fin des prises de parole sur la place de la République et début des concerts, mais nos jambes lourdes ont préféré se diriger vers les bars, cafés ou restaurants, pour continuer à tailler le bout de gras dans la satisfaction d'une manifestation réussie, sans aucun heurt avec les CRS (qui se contentaient de bloquer les accès aux bagnoles), chose assez rare pour être soulignée. Il faut préciser encore un fois que l'organisation était exceptionnelle. A titre personnel je n'ai jamais vu autant de monde rassemblé au même endroit, sans qu'il n'y ait aucun problème déclaré.

08:30 PM : Horaire de départ pour le retour en Loire-Atlantique, après de nouvelles et longues conversations avec les camarades communistes ou syndicalistes, où j'ai appris des tas de choses, au sujet de Cuba (l'un d'eux gère l'association France-Cuba), du communisme en général, et de constater une nouvelle fois que nos livres d'histoire fournis à l'école sont loin, très loin d'être exhaustifs, orientant nos gamins vers une idéologie dominante qui ne convient qu'aux puissants. C'est pourtant simple, sans les communistes et les anarchistes, pas d'avancées sociales dans notre pays. C'est bien par leurs combats (notamment lors de la seconde Guerre et à la Commune de Paris en 1871) qu'on peut se targuer aujourd'hui d'avoir l'une des meilleures protection sociale au monde (du moins pour l'instant, et destinée à être supprimée sous le régime libéral actuel). Ceux qui confondent encore communisme et stalinisme n'ont décidément rien compris, ou ne comprennent que ce qui les arrangent. Notons aussi que beaucoup de gens dépolitisés, éminemment déçus par nos gouvernements successifs, étaient partie intégrante du mouvement, des gens qui ont pris conscience de l'urgence écologique absolue entre autres, peu importe leur provenance idéologique.

Bref, cette journée pleine et intense n'empêchera pas certains (ou plutôt certaines) de continuer à chanter dans le car, bloquant le sommeil des autres, mais pas pour longtemps, tout le monde s'évanouissant assez rapidement dans les bras de Morphée malgré l'inconfort des sièges, ronflements à l'appui, rêvant d'une 6ème République enfin effective. Espérons, dès le 7 mai prochain pour tous les dégager. En attendant... Résistance !


dimanche 8 mai 2016

Verdun - The Eternal Drift's Canticles (doom/hardcore/narration) [2016]

On était sans nouvelles concrètes de Verdun depuis 2012 et son premier EP post-apocalyptique The Cosmic Escape of Admiral Masuka, un obus doom/sludge hardcore psyché qui narrait les pérégrinations nébuleuses d’un amiral Japonais cherchant à s’extirper du marasme nucléaire qu’était devenue la Terre. Il aura fallu quatre longues années aux Montpelliérains pour donner suite à cette histoire (couchée par l’ex-chanteur, aussi responsable des artworks), dont la bande son du chapitre précédent nous avait déjà convenablement refait le portrait, sans parler des concerts épiques idoines. Mais ça y est, il est là, il est palpable The Eternal Drift’s Canticles, le premier album véritable, la continuité, et peut-être même la concrétisation de sirupeuses intentions.

La transition entre JAXA, dernier morceau du EP, et Mankind Seppuku inaugurant l’objet à base d’orgue malade, transpire d’ailleurs l’évidence. Notre amiral nippon est désormais une âme errante au milieu d’un univers moins radioactif mais d’autant plus hostile par son abstraction, par ses contours infinis. Masuka lâche ponctuellement quelques phrases dans sa langue natale, se parle à lui-même et sombre dans une folie introspective magistralement mise en musique par Verdun. Le contexte n’est plus terrien, il ne s’agit plus d’échapper à une mort certaine, mais plutôt d’accepter l’inéluctable, dans l’expression d’une dérive éternelle et solitaire.

Alors que l’aspect narratif occupait déjà une place prépondérante sur l'EP, il franchit ici un palier, accentue l’immersion de l’auditeur au cœur du néant, jusqu’à nous introduire dans l’esprit de son unique personnage, gangréné par le passé, le désespoir et quelques hallucinations sournoises (Self-Inflicted Mutalitation). L’atmosphère générale est sensiblement moins torturée, se fait d’une certaine manière plus sereine, à travers une voix alternant éructations douloureuses et clarté quasi-mystique, comme pour signifier les instants de contemplation et/ou l’absolue détresse d’un Masuka en lutte perpétuelle contre ses propres démons, en plus de l’immense inconnue qui l’entoure et le traque même au fond de ses entrailles (Dark Matter Crisis, Glowing Shadows). Bien sûr, la lourdeur abyssale de la section rythmique et les circonvolutions de guitares monstrueusement massives sachant néanmoins tailler de la mélodie moribonde dans cette épaisse couche de gras, accompagnent la progression de l’amiral jusqu’aux tréfonds du système solaire (Jupiter’s Coven), laissant l’horizon ouvert pour un Masuka qui – espérons-le – n’a pas fini d’en chier.

Verdun précise et optimise sa musique autant que son récit, intrinsèquement liés (sans omettre un visuel somptueux encore une fois), et nous implique de fait totalement au sein d’un voyage sans retour, imprégné de solitude et de violence spirituelle. The Eternal Drift’s Canticles apparaît comme le début de l’accomplissement d’une quête sans fin. Le genre d’album qui ne peut s’apprécier qu’entièrement, et pourquoi pas y ajouter l’EP au préalable. Ne reste plus qu’à rouvrir nos plaies béantes en direct.

Disponible à l'infini sur Bandcamp.


  

Tracklist :
  1. Mankind Seppuku 
  2. Self Inflicted Mutalitation
  3. Dark Matter Crisis
  4. Glowing Shadows
  5. Jupiter's Coven

vendredi 8 avril 2016

Quartier Rouge - Nouvelle Vague (noise hardcore décédé) [2012]

Nouvelle Vague, nouvelle époque, nouvelles aspirations… Mais la matière première demeure inchangée pour Quartier Rouge, soit un noise-(punk)hardcore animal et nauséeux au caractère rock n’ roll très affirmé. Les parisiens exposent toujours fièrement leurs boyaux, avec finesse et douceur cette fois-ci ("nous nous aimons tous [...]"), non sans ironie.

Ça débute à la manière d’un attentat en plein marathon, sans préavis. Du bruit, du sang Dans Leurs Draps et de la confusion. Le genre d’évènement tragique qui pousse l’Homme à faire acte de solidarité auprès de son prochain, un "mal pour un bien" quelque part, bien que l’idéal soit un "bien pour un bien". Voilà une tendance récurrente dans l’histoire de l’humanité ; réagir à contretemps et ne pas tirer de leçons du passé. C’est ce que m’inspire la seconde livraison de Quartier Rouge, transpirant un certain nihilisme joyeux, diluant quelques incursions électroniques décisives pour définir l’ambiance étrange et percutante du disque. Onlooker et Chef d’Escadrille – les 2 seuls titres dépassant allègrement les deux minutes – sont là pour développer un propos joliment brouillon, pertinent et habité alors que le reste expédie de la mandale grinçante et malfaisante à tour de bras. Un peu moins lourde et agressive que celle des Années Lumières, la période Nouvelle Vague explore une forme de psychédélisme originale par son apport électronique notamment, et la voix un poil plus en avant, toujours incroyable de maîtrise funambule. La production est de ce fait plus aérée, parvenant tout de même à donner davantage de relief au trio guitare/basse/batterie, symbiotique, étourdissant.

Un disque moins virulent donc, mais suffisamment dérangé, original et vicelard pour hypnotiser l’auditeur et lui grignoter la cervelle à son insu le long de cette (trop) petite vingtaine de minutes. Usant de sonorités synthétiques pernicieuses en guise de GHB auditif, afin d'agresser sexuellement nos convictions profondes, dans la joie et la bonne humeur.

En écoute totale sur Bandcamp.


Tracklist :
  1. Dans Leurs Draps
  2. Love's Hope In The Jim Beam Eyes
  3. Rodeo A Gogo
  4. Onlooker
  5. Piece Of Art
  6. Friend Sheep
  7. Chef d'Escadrille

dimanche 20 mars 2016

Hands Up Who Wants To Die - Buffalo buffalo buffalo Buffalo buffalo. (bruit-rock / post-punk) [2012]

Dans la pas si droite lignée des Shellac, Big’N, Hammerhead, The Ex, Fugazi et consorts, le quatuor Irlandais au patronyme qui résonne comme un appel au meurtre - voire au suicide collectif - nous embarque en effet sur des terrains salement accidentés avec son premier album, Buffalo, buffalo, buffalo, Buffalo, buffalo, un titre assez chiant à écrire que je ne mentionnerai donc qu’une seule fois dans cette chronique.

La musique des Dublinois est d’ailleurs synonyme d’inconfort, un peu comme si on restait assis pendant quarante minutes sur un accoudoir de canapé. Mais tout amateur de bruit-rock se complaira dans cette absence de confort. D’avantage lorsque tout ça est exécuté avec un feeling déroutant, et fascinant. HUWWTD ne se contente pas de répéter ses gammes noiseuses punkisantes, il s’évertue à donner une couleur, une identité à chaque titre. La voix, mi-parlée mi-scandée, bénéficie d’un timbre perçant, chargée de douleur salvatrice (Into The Forest, The Scorpion Crawls), quelque part entre Enablers et Unsane. La basse racle en permanence nos esgourdes qui en redemandent, la guitare tranchante régurgite sa crasse farcie de larsens maîtrisés, de dissonance et de grumeaux noise-hardcore (Sailor, Wompy, Why?), mais aussi de quelques notes harmoniques s’extirpant de ce grisant marasme (God of the New Age, Buggy Sandmice, Vergessen, Stopwatch). La discussion est particulièrement fluide entre chaque instrument, le batteur étant gavé d’une amplitude typiquement hardcore, allant même jusqu’à s’envoler sur l’ébouriffant final Fortunado. A signaler l’enregistrement en direct (courant dans le genre), qui donne à ce disque toute la puissance de feu qu’il mérite.

Les Irlandais frappent là où ça fait mal dès leur premier essai en long format, un tour de force déjà blindé de personnalité qui les hisse instantanément aux côtés de leurs ainés. Notez bien ce nom, au cas où ce quartet volcanique passerait près de votre lieu de vie.

En écoute tout à fait intégrale sur bandcamp.

  

Tracklist :
  1. Sailor
  2. God of the New Age
  3. Moke
  4. Into The Forest
  5. Buggy Sandmice
  6. The Scorpion Crawls
  7. Wompy
  8. Vergessen
  9. Why?
  10. Stopwatch
  11. Fortunado

mercredi 16 mars 2016

La folie selon PKD


L’auteur de science-fiction et/ou d’anticipation Philip K. Dick savait dresser le portrait de sa propre folie, en introspection perpétuelle, la tête plongée dans sa machine à écrire. La paranoïa qu’il incarnait ou illustrait souvent est en outre une forme de démence générée par la vérité d’une perception des choses, la vision "réelle" donnée par un individu, désigné de fait comme "fou". Les plus grands "malades" sont ceux qui perçoivent plusieurs vérités parallèles, plusieurs réalités. C’est ce qui ressort notamment des innombrables récits de PKD, écrits sous l’emprise d’amphétamines, ou bien en descente d’amphétamines, c’était son truc les amphétamines en tout cas. "Des acides ? Seulement une fois ou deux" affirmait-il. Un penchant pour les psychotropes qui trouvait particulièrement écho dans son roman Substance Mort (A Scanner Darkly en VO, qui aura droit à une belle adaptation filmique, mise en scène et partiellement animée par l’excellent Richard Linklater), certainement l’œuvre où il s’est le plus livré, où il a exposé ses addictions et angoisses, ses questionnements, ses visions, son état d’esprit altéré, qui nous apparaît d’une extrême justesse aujourd’hui.

Je ne me suis pas enfilé l’entièreté de l’œuvre Dickienne, il y a beaucoup trop de matière pour en faire le tour en une seule vie. Mais nul besoin de maîtriser pleinement la bête pour en capter l’essence (c’est mon adage perso, car je ne maîtrise rien pleinement), saisir tout ce que contient le magma de réflexions et de puissance narrative couchés au milieu de l’espace réduit qu’offrait son appartement californien d’Orange County. Agoraphobe et solitaire patenté, Philip K(indred). Dick laissait libre cours à sa principale addiction, l’écriture, lui permettant de voyager au-delà même des frontières inconscientes, malgré son enfermement permanent. Ses romans et nouvelles les plus complexes ou délirant-e-s (Blade Runner, Ubik, Dr Bloodmoney, Deus Irae, etc) comme les plus sombres ou intimistes (Le Maître du Haut Château, Substance Mort, etc) ont été écrit-e-s là, au sein de cette bulle intemporelle, nourrie par un esprit en mutation permanente, lui-même encouragé par la prise d’amphets, admettons. On peut en effet se questionner sur la qualité de ses rendus si les psychotropes n’avaient pas fait partie de sa vie, mais la base spirituelle était déjà en place, la drogue n’a fait qu’ouvrir certaines portes plus facilement et favoriser le rendement quantitatif. Il n’avait pas besoin de ça pour faire fructifier son imaginaire, et le nôtre à sa lecture.


Je ne remercierai jamais assez ma génitrice (coucou maman) pour m’avoir offert Le Maître du Haut Château vers mes 13-14 ans. J’ai dévoré la chose sans vraiment tout piger, mais quel pied, quelle prose, et un univers uchronique d’une effrayante crédibilité, alors qu’on nous parlait beaucoup de nazis et de seconde guerre mondiale en cours d’histoire à l’époque. L’idée de savoir ce qui aurait pu advenir du monde si l’Axe l’avait emporté sur les Alliés m’intriguait plus que fortement, et j’ai été servi au-delà de mes attentes. K. Dick a osé imaginé le pire comme le moins pire, et l’a retranscrit à merveille, impliquant le lecteur dans le récit, jusque dans la tête de ses personnages, le poussant à la réflexion et à la compréhension du contexte de cette Histoire-là, de ces Etats-Unis "partagés" entre nazis et japonais, de cette Afrique en proie à une "solution finale" chère à Hitler, et autres joyeusetés. Une immersion agréablement dérangeante, la sensation alors inédite d’un cœur qui accélérait ses battements tandis que je lisais, comme lié à ce qui arrivait aux personnages dans quelques situations de panique, d’angoisse, de stress ou de paranoïa tiens (cette Histoire est-elle bien réelle, est-elle la seule ?). 

C’était le cas également avec Substance Mort, roman plus personnel publié en 1977 et d’une importance thérapeutique pour PKD, expurgeant tous ses démons. Fred est Bob Arctor, Dick est Bob Arctor, et nous sommes aussi Bob Arctor, en pleine crise de parano aigüe, entre deux ou plusieurs mondes, au bord d’un gouffre mental permanent, accompagnés d’une éternelle "femme aux cheveux noirs" (ici prénommée Donna), représentation récurrente de sa sœur jumelle, disparue un an après leur naissance commune.

C’est sans doute le plus grand talent de PKD, au-delà de ses visions prophétiques, celui d’avoir trouvé sans l'avoir cherché un équilibre émotionnel dans son écriture, le bon dosage narratif où l’aspect technologique inhérent à la science-fiction est secondaire bien qu’il soit incroyablement réaliste. Les personnages avec toute leur complexité intérieure portent la plupart de ses ouvrages (de ceux que j’ai lu du moins), et il parvient à nous les faire incarner, à nous faire ressentir ce qu’ils ressentent, par une approche aussi bien philosophique que viscérale, questionnant notre humanité au sens large et détaillé du terme. Une réalité alternative et littéraire, un reflet temporellement variable de nos existences où tout semble réel, comme si ça avait toujours été là, à attendre sagement d’être vu, aperçu, ou même vécu.

Beaucoup de mystère entoure encore Philip K. Dick et sa folie supposée, qui dissimulait en fait un esprit libre, ultra créatif et rêveur, parfois drôle ou absurde, profondément bouleversé et bouleversant, remettant en question nos capacités cérébrales insoupçonnées. Car peut-être qu’un jour nous aussi on se rappellera du futur…

A voir en complément : le très fameux documentaire réalisé par Yann Coquart et diffusé récemment sur Arte, Les Mondes de Philip K. Dick, librement disponible sur Youtube :


A lire aussi : le tactilement très cool recueil « Substance Rêve », regroupant Le Maître du Haut Château, Glissement de temps sur Mars, Dr Bloodmoney, Les Joueurs de Titan, Simulacres et En attendant l’année dernière, édité chez Omnibus, au sein d’une collection avec deux autres recueils tout aussi recommandables.

A jouer : Californium, hommage vidéoludique à PKD, édité par Arte, disponible sur Steam pour 10 euros.