On avait découvert les nantais en 2012 avec un premier EP prometteur
bien que perfectible. La mixture power rock/post-hardcore/screamo de Time For Energy
souffrait de maladresses, principalement vocales, somme toute assez
naturelles pour un premier jet, d’autant plus lorsqu’on entreprend de
fusionner les genres.
Les bonhommes ont semble-t-il pris note des éléments à corriger sur leur second EP, Waterfall,
cherchant toujours à marier groove, intensité screamo et parties
post-hardcore 90’s à une certaine sensibilité pop, cette fois sans
tomber dans une mièvrerie quelconque. Les quatre titres ici présents
illustrent chacun un gros taf de composition, au service de l’équilibre,
donnant au passage une identité plus forte à Time For Energy.
Le titre éponyme – qu’on se mange direct dans le faciès – en est le
parfait exemple, où le chanteur/hurleur alterne sans sourciller ses
parties claires/criées, où la section rythmique casse bien la tronche,
sublimée par une guitare mutante, multiple et vigoureuse. A propos de
chant, malgré sa maîtrise désormais incontestable, on préfèrera les
phases hurlées, autrement plus poignantes. On appréciera également la
production, aérée, permettant de jouir pleinement de chaque instrument,
comme cette énorme basse sur Bullet, ou Some Words, deux points culminants qui ramènent idéalement dix ans en arrière. On notera enfin la voix parlée sur Obstacle, habillé de post-rock, qui évoquera savoureusement Envy, en français dans le texte.
Time For Energy a trouvé sa voie, assez proche de celle empruntée jadis par les excellents suisses de Shovel,
et c’est très cool parce qu’on en manquait cruellement par ici. Plus
qu’à espérer l’arrivée prochaine d’un disque long, parce qu’un EP c’est
sympa mais ça reste foutrement court, surtout quand c’est bien branlé.
C’est fait, la dixième édition du plus
grand festival français de musiques extrêmes a eu lieu en 2015,
l’occasion de faire une synthèse de cette aventure engagée en début de
siècle par Benjamin Barbaud, créateur et organisateur du Fury Fest puis
du Hellfest, depuis son fief Clissonais.
Clisson, village médiéval imprégné
d’architecture italienne, véritable ovni rural au sud-est de Nantes, et
lieu plutôt insolite pour accueillir un festival de cette dimension,
mais qui deviendra le cadre rêvé pour croiser quelques chevelus à
l’accent viking. Et plus spacieux que la Trocardière (à Rezé) qui
abritait le Fury Fest jusqu’en 2004, plus confidentiel, à la
programmation orientée sur le punk et le hardcore, racines musicales de
Ben Barbaud, « deux scènes où l’éthique et l’autogestion occupent une
place primordiale ». Le Hellfest est né de cette envie brûlante de
partager une passion commune à un paquet de mélomanes dans un pays et
une région où ce type de musiques ne connaissait pas de tribune aussi
large.
De l’aveu même de Phil Anselmo (chanteur de Pantera, Down et Superjoint Ritual) « ce festival a été construit et nourri par la passion et croyez-moi, ça se sent
», explique-t-il dans la préface rédigée par ses soins, pétri
d’enthousiasme. Pour ce grand habitué considéré aujourd’hui comme le
parrain du Hellfest, rien de plus naturel. Cette préface est d’ailleurs
une introduction idéale pour un objet sublime, aussi bien dans le
contenu que dans l’aspect, rempli de clichés illustrant à merveille
l’esprit ouvert et bon enfant d’un festival hors du commun. Œuvres
photographiques signées Ronan Thenadey, présent au sein de l’enfer
depuis quasiment les débuts, et trieur en chef de toutes les photos
tapissant cet ouvrage. On y trouve aussi le travail du récent Evan
Forget, auteur de belles images d’ambiance notamment, parmi une
ribambelle de talents aux yeux acérés. Des instantanés aussi touchants
qu’hilarants qui transpirent simplement la fête.
L’objet est donc grassement illustré, à
travers différentes sections agencées sur plus de 330 pages, couchées
sur un papier de qualité supérieure. Toute l’histoire du Hellfest, et
toutes les personnes qui ont contribué de près ou de loin à la chose y
sont retranscrites, artistes, bénévoles, techniciens, festivaliers, tout
ce qui donne au festival son caractère massivement humain, derrière la
scène, devant la scène, autour et sur scène. Un goût pour le partage et
une bienveillance rares de la part du staff et au sein du public de tous
horizons, dans un évènement de cette taille, d’autant plus dans une
France où les grosses machines telles que le Printemps de Bourges, Les
Vieilles Charrues ou Rock en Seine s’aseptisent d’année en année. Et
pour ne rien gâcher, on y trouve quelques interviews de certains grands
noms ayant foulé les planches du Hellfest : Judas Priest, Motörhead,
Gojira, At The Gates ou encore Satyricon, en plus d’une sélection aux
petits oignons de groupes représentatifs de chaque scène. Il y a assez
de matière pour devenir expert sur le sujet, le tout augmenté par la
plume bien faite de Lelo Jimmy Batista, rédacteur en chef de Noisey,
ayant écrit pour New Noise et Tsugi entre autres.
Qui dit aventure dit anecdotes, et
l’histoire du Hellfest n’en manque pas, comme celle de 2004 pour ce qui
sera l’avant-dernière édition du Fury Fest au Mans (dont le visuel fut
réalisé par l’excellent Derek Hess, coupable de nombreux artworks de
disques hardcore/metal), celle où on a vu débarquer les poids lourds
Soulfly, Fear Factory, Morbid Angel, mais aussi… Slipknot, épouvantail
neo metal à 9 têtes qui a eu droit au lynchage en règle d’une bonne
partie du public, équipée de bouteilles pleines d’urine, de clés à
molette (et d’un lapin mort…) à balancer pour exprimer son
mécontentement. Le groupe ne s’est pas démonté pour autant et a tenu bon
durant 30 minutes. Si c’est pas rock n’roll ça, en tout cas bien plus
que l’annulation de Korn (autre tête de proue du neo metal) pour cause
de pluie quelques éditions plus tard. Sans omettre l’hommage poignant
rendu au regretté Patrick Roy, seul député qui a défendu ardemment le
festival et plus largement la diversité culturelle à l’Assemblée
Nationale, ni de la publicité offerte par les anti-Hellfest représentés
notamment par une certaine Christine Boutin, qui de fait aura droit à
des t-shirts du meilleur goût à son effigie circulant dans les travées
du site. Voilà un échantillon de la folie, de la prise de risques, et du
bonheur suscité par l’émergence du Hellfest, profitant du soutien
indéfectible d’un public d’acharnés, parfois pointu et casse-couilles,
mais toujours porteur de bonnes ondes, alcoolisées ou non, assurément
non-violentes. Attention au camping néanmoins si vous comptez vous y
rendre, vous risquez de vous retrouver en plein duel de caddies, entre
autres situations burlesques susceptibles d’assouplir vos zygomatiques.
Ce livre est une véritable encyclopédie
du Hellfest, détaillant sa naissance douloureuse mais salvatrice, son
réservoir de groupes/artistes (locaux et internationaux) gargantuesque,
les différents courants représentés, la richesse d’une scène extrême en
renouvèlement permanent, la masse de personnes ayant participé au
rayonnement actuel du festival, et une multitude de détails qui font les
grands évènements comme celui-ci. Avant les grassouillets
remerciements, on a même droit à un bilan statistique d’une décennie
d’activité, duquel on peut extraire trois chiffres pour l’exemple : 285
000 litres de bière écoulés depuis 2006 dans les gosiers de 844 000
festivaliers, comprenant pas moins de 70 nationalités. Ça calme.
Le Hellfest est devenu en quelques
années une référence en termes d’évènements de grande ampleur, aussi
bien en France qu’en Europe (voire mondialement), au-delà même du cercle
d’initiés aux musiques extrêmes. Reste à faire perdurer son existence
le plus longtemps possible tout en conservant l’éclectisme musical et
l’esprit si particulier, résolument humain, qui l’habite.
L’ouvrage est édité par Hachette, pas vraiment DIY, mais il reste un magnifique cadeau bien épais à (s’)offrir à la première occasion.
En France on galère à refourguer nos porte-rafales et à recueillir des
réfugiés, mais on peut toutefois se targuer d’une scène (math)rock
souterraine en pleine expansion depuis dix ans, et qualitativement
franchement pas dégueulasse. Pneu, Room 204, Totorro, Ni, Ed Wood Jr, Vélooo et autres Papaye,
induisant des labels défricheurs tels que Kythibong, A Tant Rêver Du
Roi, Africantape ou Head Records, qui nous abreuvent en effet grassement
en plaisirs variés sur leurs sorties respectives. Goodbye Diana
est de ceux-là, de ceux qui pèsent réellement dans le paysage rock
françois d’aujourd’hui, de l’instrumental multi-influencé, qui suinte
l’audace et l’authenticité. Les Montpelliérains n’en sont d’ailleurs pas
à leur coup d’essai, puisqu’ils reviennent après sept ans d’absence,
amputés d’une branche, pour raviver la flamme d’un rock sans fards ni
loi, en trio donc, et ça le fait grave.
On retrouve les ombres de June of 44, Don Caballero et Sleeping People planer sur ces nouvelles compositions, mais Goodbye Diana
ne s’est jamais contenté de reproduire bêtement les choses, et c’est
toujours le cas. En dehors des plans math-rock et noisy non dénués
d’intelligence et de personnalité, on se prend à dodeliner sur quelques
phases progressives savoureuses, basse et guitare s’entremêlant dans la
grâce et la volupté, avec une souplesse édifiante. Les instruments
dialoguent, s’engueulent un peu sèchement au début (Yvon de Chalon),
mais s’accordent rapidement pour nous immerger dans ce qu’on pourrait
appeler une narration instrumentale, l’album pouvant parfaitement servir
de bande son pour une histoire plutôt déviante. La fin de l’objet, et
surtout celle de Chuck Norris Is Fucked, rappelle d’ailleurs
certains travaux de Mike Patton, ponctuée d’un râle inquiétant, unique
voix du disque. L’ouvrage est tellement complet qu’il est tout à fait
difficile d'extirper un morceau du lot, l’ensemble casse assez
promptement la gueule dans le développement et l’agencement mélodique.
La cohérence de la chose – évidemment enregistrée dans les conditions du
direct par Serge Morattel – finit par sauter aux oreilles et l’écoute
fragmentée n’est plus envisageable, bien que Le Chat Noir, Robert Fripp en Cagoule ou Herbert d’Autoroute
(ces noms…) peuvent apparaître comme des points culminants, des climax
d’intensité rythmique, via un duo basse/batterie en feu ; et mélodique,
au travers d’une guitare aussi chercheuse et moelleuse qu’agressive. Le retour de Goodbye Diana
rajoute une pierre d’envergure à l’édifice troglodyte du rock de nos
patelins (math ou non). Plus en forme et inspiré que jamais, moins dans
l’urgence, on espère que le trio continuera à entretenir la flamme et
que ce bien fameux deuxième album le fera davantage tourner en dehors de
sa base sudiste. Comme un nouveau départ.
Cave In a connu toutes les étapes de la création. Stephen Brodsky (Mutoid Man),
son principal compositeur et chanteur/guitariste, en sait quelque
chose. Aussi bien influencés par le rock psychédélique que le space ou
post-rock, les gars de Methuen, Massachusetts, ont pourtant débuté dans
la violence du (punk)hardcore moderne, aux côtés de leurs vieux potes de
Converge notamment.
Le
groupe explose en 1998 avec un premier album hors-normes, aux
fondations hardcore mais aux ambitions déjà multidirectionnelles. Un
pavé exténuant, parfois casse-gueule, produit un peu à l’arrache, pétri
néanmoins de détermination et de bonnes idées. Idées pour la plupart
peaufinées, accentuées sur le reste d’une discographie bordélique mais
au contenu exemplaire. Until Your Heart Stops fera date, par son caractère ovniesque, expérimental, flirtant avec le jazzcore d’un Naked City, forcément investi de structures salement tordues. Cet objet dense et anguleux faisait alors entrer Cave In
dans le rang de l’excellence du renouveau hardcore, exigeant mais
toujours instinctif et n’ayant nécessairement pas conscience de
quelconques limites. On parle en fait d’un de ces groupes ultra curieux,
qui emmagasine le meilleur d’une ou plusieurs scènes et en digère la
synthèse personnalisée, en dépit des imperfections (de jeunesse) citées
plus haut.
Une volonté sans bornes qu’on se prendra en pleine tronche dès l’introductif et métallisé Moral Eclipse, foutraque mais tellement rafraîchissant, encore aujourd’hui, suivi plus loin d’un Juggernaut punitif, ainsi que du long et dément The End Of Our Rope Is A Noose, laissant un peu de champ au chant clair, de manière délicieuse, tout comme sur le bipolaire Halo of Flies. Le bug de l’an 2000 n’a même pas encore eu lieu qu’on se mange déjà un pavé au moins aussi vrillé des synapses que le American Nervoso de Botch,
sorti l'année d'après. Tout ne fait pas preuve d’une dextérité
renversante, mais quelle énergie, quelle fougue et quelle inspiration
putain. Des caractéristiques et une spontanéité que Cave In
et ses musiciens n’ont vraisemblablement jamais perdu, malgré leurs
explorations spatiales et progressives. La tension ne redescendra ici
qu’au final grésillant de Controlled Mayhem Then Erupts, traduisant une ouverture vers des sentiers moins accidentés, toujours sans balises. Until Your Heart Stops
fait définitivement partie de ces disques fondateurs d’un hardcore
ouvert à un moment où la scène commençait à légèrement s’admirer le
nombril. Il y avait Botch, Breach, Converge, The Dillinger Escape Plan, Refused, Coalesce ou encore Vision of Disorder, mais aussi Cave In et feu-Hydra Head Records, ne l’oublions pas, jamais.
Trente ans. Cela
fait environ trente longues années (voire plus) qu’on se fait grignoter doucement mais
sûrement par « l’hégémonie du grand Capital » comme dirait un certain
Georges Abitbol, ou Karl Marx, c’est selon. Comment en est-on arrivés là, nous
peuples nés ou amenés au sein d’un des plus grands modèles de « démocratie »
au monde ? Qu’est ce qui a fait qu’on se retrouve aujourd’hui avec des
milliards de dettes accumulées sur les bras, des kilotonnes de pesticides dans
nos champs, et des grands patrons mondialisés soi-disant méritants qui s’engraissent
toujours plus chaque année, sans daigner redistribuer le moindre centime d'augmentation à ceux
et celles qui font vivre leur entreprise familiale (ou plutôt dynastie) ?
Comment a-t-on pu laisser faire cette politique mortifère qui a pu s’étendre
tranquillement à travers le monde, veillant soigneusement à étouffer toute entreprise
de révolte concrète et globale, durant tout ce temps ?
Un paquet de
questions, parmi d'autres, auxquelles on doit résolument s’efforcer de répondre avant de se réveiller
le nez dans la merde, devant le fait accompli. Nos actes manqués depuis tant d’années
ne doivent/ne peuvent pas rester en l’état, de nombreux moyens existent pour marcher à côté
du « système » ou « régime » et anticiper ou accélérer sa chute, tout en
se réappropriant certains des outils qu’il a mit naïvement à notre disposition.
Une chose est sûre néanmoins, le nombre fera la force et l’effectif des
capitalistes dirigeants sur cette planète s’amenuisera d’année en année, logique si
l’on observe un accroissement sans fin de la pauvreté mondiale.
L’opinion
publique est donc mise à l’épreuve en cette période de lente transition
politique, et la brutalité de l’arrivée éventuelle aux manettes de gugusses
fascisants est une perspective qu’on ne peut écarter tant que l’opinion sera
justement soumise aux assauts médiatiques du capitalisme (ou libéralisme, ou
néo-libéralisme, etc.). Des médias généralistes uniformes qui font tout leur
possible pour masquer, ridiculiser l’idée d’une alternative durable et cohérente à la
machinerie en place, préférant éclairer la diarrhée verbale d’un FN ou d’une
Morano inoffensifs sur le plan libéral, puisqu’ils le sont intrinsèquement,
libéraux, en faveur de la libre circulation des capitaux mais certainement pas
des personnes. La Marine carnassière se rapprocherait d’ailleurs davantage d’une
Thatcher que d’un Mussolini, bien qu’un croisement des deux en sa personne ne soit
pas improbable, loin de là, vous en conviendrez amis gauchistes. L’accession au
pouvoir d’un tel parti nous enfoncerait plus loin et plus durement vers un
totalitarisme affirmé (assumé ?), du moins en France, ce qui n’empêcherait
pas d’autres pays d’être contaminés, c’est déjà plus ou moins le cas en Europe
et Amérique du Nord. Ces formations éminemment
populistes s’appuient sur une opinion faussée car manipulée, usent et abusent
de l’ignorance ou de la confusion politique d’électeurs légitimement lassés par
le voile élitiste, volontairement imbitable, appliqué sur cette machinerie. En
ce sens l’opinion doit être en mesure de comprendre ce qu’on lui propose en
tant que personne électrice, elle doit prendre conscience que la politique est
bien plus simple à cerner qu’elle ne l’imagine. Elle doit pouvoir se préparer à
bousculer ses habitudes, ses mœurs ancrées dans un système qui nous a vu
grandir, qui nous a augmenté de besoins inutiles, qui nous a rendu accros – autant
culturellement qu’idéologiquement – à des concepts économiques virtuels, à des objectifs de vie matérialistes et absurdes (propriété privée, monospace, piscine, grosse
télé, grosse montre, joli corps dans la norme de beauté en vigueur, etc…)
dénuées de toute forme de libre-arbitre, guidées surtout par des décennies de
publicité de plus en plus intrusives, de cultures « mainstream » qui
ont alimenté nombre de fantasmes à l’américaine, de consommation aveugle et de
divertissements calibrés, imposés à grands coups de marketing huilé.
Le capitalisme,
bien qu’il soit multiple, n’aime pas la réflexion, il n’aime surtout pas que l’on
remette en cause son fondement ; engranger du profit, pour quoi, pour qui ?
Le capitalisme aime l’ordre et la répression en revanche, il aime que ses
petites mains se tuent à la tâche pour des clopinettes et en redemandent car
elles n’ont pas le choix, il aime que ces mêmes fourmis ouvrières soient muettes
et dociles, sous peine de licenciement (ou autres sanctions plus ou moins « humaines »
en fonction des lieux). Le capitalisme est une créature empirique, insidieuse
et jamais rassasiée. Son principe de base ne pouvait donner lieu qu’à cette
finalité, génératrice de conflits et de terrorisme sciemment entretenus, de quantités astronomiques de morts civiles largement évitables, d’inégalités abyssales entre les plus démunis
et les plus blindés, de gaspillage surréaliste en ressources naturelles, de pollution, maladies, corruption, etc. Le bilan de plusieurs décennies de domination capitaliste
est là, sous nos yeux, dans nos quartiers, dans nos rues, sur nos trottoirs,
dans nos lieux associatifs constamment sur la sellette, ou bien à travers le
prisme d’Internet et des réseaux sociaux, outils qui devraient sensément nous
permettre de prendre les devants, d’aiguiser notre curiosité, de nous amener à
réfléchir au-delà du cadre imposé, le genre d’outils que l’on devrait tous être
capables de s’approprier pour servir le bien commun et l’information libre.
Force est d’admettre que l’effet escompté n’est pas vraiment là, que ces outils
sont déjà investis par les organes de surveillance généralisée et qu’il devient
de plus en plus difficile de ne pas subir de censure en des lieux pourtant
fondamentalement libérés de tout carcan institutionnel, en plus de se retrouver « fiché »
en fonction des sites web visités, étiqueté en tant que consommateur de tel ou
tel produit fabriqué on ne sait où ni dans quelles conditions.
On pourrait
viser en premier lieu l’éducation des nouvelles générations, mettre en place
une forme d’éducation populaire aux médias généralisée, permettre aux plus
jeunes (et à quelques adultes volontaires) d’être capables d’analyser l’information et de la trier de manière
autonome, sans qu’ils aient besoin qu’on leur indique la marche à suivre. Des
initiatives citoyennes sont déjà prises en ce sens depuis des années, mais
elles demeurent fatalement minoritaires, et la diffusion de leur existence ne
se trouve que sur les réseaux alternatifs, ne pouvant compter quasiment que sur
le bouche-à-oreille, quelques journaux indépendants et la curiosité politique de
chacun. En voilà une démarche intéressante, qui ne peut hélas s’inscrire que dans
la durée, chose que le capitalisme, ses mutations et leur mainmise n’autorisent évidemment
pas. Un nouveau palier a été franchi, l’urgence devient alors une réalité.
Les démarches
populaires ou citoyennes de longue haleine demeurent absolument nécessaires, mais
à elles seules elles ne seront jamais en mesure de casser la machine, certes
rouillée à l’usure, mais manifestement épargnée par l’obsolescence programmée… On
peut en revanche désassembler la bête, pièce par pièce, en commençant par
revendiquer massivement notre droit au salaire à vie par exemple (cf : lire/écouter
Bernard Friot et Frédéric Lordon entre autres), quitte à foutre un beau bordel,
dans le meilleur des cas sans violences. Le genre d’idée susceptible d’en
amener d’autres, de faciliter les démarches déjà en cours, de rassembler suffisamment
large puisqu’elle concerne absolument tout le monde, de mettre enfin un pied à
l’étrier du basculement sociétal, d’une remise en cause générale, d’une ère de réflexion et d’action en faveur de ce foutu
bien commun, notre bien (culturel, politique, économique) et avant tout celui d’une
Nature envers laquelle nous aurions de sérieuses excuses à formuler.
Ces mots ne sont peut-être qu'élucubrations utopistes d'un anarchiste du dimanche à l’heure où la créature aux excroissances aberrantes
générée par le capitalisme n’en finit plus d’asseoir son
autorité sur les masses encore trop majoritairement assoupies, apeurées ou
isolées. Mais je reste convaincu que ces pistes de réflexion, ces initiatives et
actions concrètes d’anticipation d’une éventuelle chute salvatrice du dogme de
l’argent, sont essentielles, vitales, et appelées à se multiplier afin d’éviter
de devoir composer dans le chaos, ou dans le meilleur des cas de continuer à (sur)vivre
tant bien que mal dans un contexte plus que désastreux. Pour simplement ne pas se
réveiller le nez dans la merde, devant le fait accompli. Et en faire profiter le monde entier.
Et pour mieux saisir en quoi consiste le salaire à vie (selon Bernard Friot), par Usul :
+ Débat fort instructif entre Frédéric Lordon et Bernard Friot :
Les allemands nous avaient habitué à des atmosphères plutôt lugubres,
mises en place à l’aide d’un black-metal toutefois assez aérien,
ambiancé et loin des clichés du genre. Suite logique d’intentions de
plus en plus lumineuses, Melting Sun,
en plus d’avoir un nom qui lui colle à merveille, développe ici une
forte obédience vers le shoegaze, soit une couche de velours
supplémentaire qui nous fera songer à retirer le terme "black" du genre
exprimé, flanqué d'un artwork sublime, tout sauf anxiogène.
Ainsi, Lantlôs renforce ses accointances avec le post-rock/metal atmosphérique de Palms ou même la touche indie et le feeling d’un Ventura, en effet à des lieux de racines black encore présentes sur le grassouillet Agape.
La noirceur conserve toujours une petite place malgré tout, pointant le
bout de sa crasse lors de périodes flirtant avec le sludge, génialement
dosées (Melting Sun II: Cherry Quartz, Melting Sun IV: Jade Fields).
Mais ce qui frappe avant tout, c’est la multiplication de sonorités, de
détails, portés par une production cristalline et massive à la fois. Melting Sun se déguste et se savoure sans discontinuer, découpé en six parts plus ou moins égales, mais forcément consistantes. Melting Sun I: Azure Chimes
place idéalement le contexte, exposant un bel avant-goût de ce que
donnera le disque entier. Une lourdeur confortable mais suffisamment
gorgée de puissance pour remuer les tripes, une voix claire planante qui
s’extirpe avec volupté de ce magma magnétique, et une batterie assez
minimaliste pour laisser le champ libre aux ambiances, assez ample
néanmoins pour administrer des frissons aux sommets (Azure Chimes, Cherry Quartz, Aquamarine Towers). Pour citer une amie à qui j’ai soumis l'écoute de la chose : «
[…]tu te sens (comme) dans les bras d'un vieux bûcheron qui te jette en
l'air juste assez pour te secouer, mais qui te rattrape quand même
quand la gravité te rappelle au sol[…] ». L’image est bien trouvée. On pourrait presque ajouter que Melting Sun est un disque à écouter en famille, ou à la plage en mode glandouille, l’aspect méditatif étant très prégnant, voire central.
Malgré les errements du groupe et les mouvements de line-up, Lantlôs
semble avoir trouvé sa voie, maniant l’hybridation metal/shoegaze d’une
main de maître, procurant des sensations renouvelées pour un genre qui
risque bien de proliférer, tant l’apport d’air et de souplesse rend le
tout accessible au plus grand nombre. Il y a fort à parier que beaucoup
s’y casseront les dents, et pour cause, ils n’auront pas écouté Lantlôs avant.
En activité depuis 2012 seulement, le duo allemand surgit au milieu
d’une horde d’autres duos pas nécessairement allemands mais officiant
dans un rock lourd, poisseux, métallisé ou carrément sludge/doom. Une
tendance illustrée notamment et récemment par les anglais de Royal Blood, venus s’exhiber devant les masses au Grand Journal. Avec Mantar
on tape dans une catégorie au-dessus, en termes de consistance et de
fraîcheur. Surtout, les hambourgeois n’en n’ont que foutre de la
propreté, enregistrent leur premier album Death By Burning en direct, et font par là-même preuve d’une intégrité exemplaire.
L’inquisition en filigrane, c’est l’occasion de cracher de la bile anticléricale (Spit) en adoptant une voix blackisée, glaireuse, incantatoire et spirituelle, tout ça en même temps, à la manière de Cobalt. Partageant moins d’affinités avec les américains sur le fond, Mantar s’élance corps et âme en territoires stoner/doom-metal, parfois sludgecore (Swinging The Eclipse),
ce qui a pour effet de donner un intéressant contraste avec le chant.
L’alchimie est donc bien présente entre les deux protagonistes, les
nombreux breaks et variations s’enchaînent avec souplesse, on peut
quasiment compter un moment de bravoure par titre, Astral Kannibal
en tête, véritable montagne russe de sensations aériennes et pesantes
finement amalgamées, induisant un feeling blues organique et
furieusement groovy. L’excellente construction de l’album se confirme
lorsqu’on atteint les ultimes et renversants White Nights et March Of The Crows dans une veine plus ambiant, précédés par la superbe transition The Berserker’s Path, suivie de The Huntsmen aux envolées de guitare fulgurantes, bien aidées par une production aux petits oignons.
Inspiré autant par Black Sabbath, les Melvins, Darkthrone, que Motörhead, Taint ou Cobalt, Mantar
se dégage de la masse par cette capacité effarante à inventer des riffs
qui font mouche, calés sur une assise rythmique thermonucléaire. Comme
une sorte de pot-pourri, un patchwork musical de ce qui constitue les
musiques metallo-punkisantes actuelles et passées, Death By Burning
n’offre pas une bête compilation déguisée de toutes ces influences, il
ressemble plutôt au fruit d’un travail de composition acharné, d’où
résulte une jouissante spontanéité, affichant un état d’esprit qui colle
pas mal à celui des Melvins
tiens. Les allemands envoient la purée dès leur premier long et
prennent soin d’écraser préalablement tous les jeunes inconscients
désireux de monter un duo de rock lourd destiné à faire swinguer la
ménagère.
Disque dispo à l'écoute sur bandcamp ou spotifouille.